jeudi 14 mars 2013

Ecriture collective (séance 5 du 15/01/2013) - consigne 1

Vous êtes de retour au manoir après votre balade ou occupé(e) à vos activités habituelles d'avant le repas de midi.
Le temps est changeant, le vent est plus vif et des nuages obscurcissent l'horizon. La marée monte.
Quelles sont les pensées qui agitent votre personnage? Attention, ne dévoilez pas encore vos secrets!

7 commentaires:

  1. Mary
    J’essaye de rassembler mes esprits. En vain. Mes deux mains se joignent sans cesse à la hauteur de mon ventre mais je n’ose les y poser de peur que la vieille rombière ne s’aperçoive de quoi que ce soit. Elle me tient à l’œil, inutile d’en douter.
    Je n’arrive même pas à faire le compte des convives. Je dois m’y reprendre à trois fois devant le tiroir de la cuisine, en comptant sur mes doigts. Jo me lance un regard sévère mais je l’ignore superbement. Je prends les couverts en main et me rends dans la salle à manger. Personne ne pourra gâcher ce moment privilégié. Personne. J’ai envie de sauter dans les airs, j’ai envie de me précipiter dehors malgré le vent qui hurle, mêler mes cris aux siens, nous formerions un duo saisissant et tout le monde viendrait nous applaudir dans la joie et l’allégresse.
    Je pense que j’ai esquissé quelques pas, malgré moi. Je regarde autour de moi, m’assurant que je suis bien seule. Je m’efforce de m’appliquer en disposant les couverts. Mes mains tremblent, je ne contrôle plus mon corps. Il est habité, il ne m’appartient plus complètement.
    Peter est dans son bureau. L’idée me vient d’aller le trouver pour partager cette nouvelle qui me bouleverse. Je m’en abstiens. Une idée me vient subitement. Garder ce secret pour moi seule. Ce petit être qui m’a choisie pour devenir n’appartient qu’à moi en cet instant. Un tout petit instant. Une infime éternité dans laquelle j’aimerais me perdre.

    Dominique
    Me concentrer me demande un effort considérable. Je relis pour la cinquième fois la première page de mon livre. Je soupire et le dépose sur la table de nuit. L’horloge indique 11h45. Nous sommes attendus à 12h pour le repas. J’ai demandé à Jo si je pouvais l’aider. Elle m’a répondu que Mary était là au besoin. J’ouvre doucement la porte. Je les entends s’affairer en bas. Je referme la porte sans bruit. Je me hisse sur l’appui de fenêtre, tellement large que je peux m’y asseoir confortablement. Mon flanc gauche est appuyé contre la fenêtre. A travers mes couches de vêtements, je sens le froid qui me pénètre lentement. Je m’engourdis. Le son du vent me berce. A travers mes yeux mi-clos, les vagues m’hypnotisent, toutes à leur fureur, écumantes de rage. Elles ressemblent à ce que je cache à l’intérieur. Le tumulte. Envie de tout déchirer et de tout recracher. Pour le moment, je vais juste descendre manger.

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    1. J'aime beaucoup. On a un petit peu laissé Dominique de côté mais elle semble avoir bien des choses à dévoiler...

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  2. Mary (réaction annonce grossesse)
    J’ai rencontré le Docteur Winkle et l’annonce qu’il m’a faite a provoqué l’effet d’une vague immense, il aurait pu m’annoncer la fin du monde, ma réaction eût été identique. C’est comme si le sang s’était soudainement retiré de mon corps, j’ai bien cru que j’allais m’effondrer. Le vide dont je suis emplie s’est accentué, j’ai prié pour être enterrée.
    Ce n’était peut-être pas la fin du monde mais bien la fin de mon monde.
    La fin de ma liberté si chèrement gagnée. J’ai honte de penser ça mais je ne peux me leurrer au point de trouver d’autres raisons à ce mariage que celles de rompre avec ma famille, d’y voir une occasion d’oublier la maladie honteuse dont je me sens coupable, de prétendre que je suis une femme normale. Si avoir un bébé faisait bien partie de nos plans, je ne m’attendais pas à ce que ça arrive aussi vite. Je m’étais à peine habituée à ma liberté de mouvement. Le révérend est tellement prévenant, il ne veut que mon bonheur… et faire le sien ne me paraît pas insurmontable, cela s’est avéré même être une tâche finalement aisée…
    Avoir un bébé… Envolée la liberté, ça reste accroché à vous en permanence, j’ai bien vu ma mère avec ses sept enfants, malgré ses sourires béats devant sa progéniture, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même, vampirisée. Les larmes m’aveuglent. Je voulais être un soleil magnifique et rayonnant, voilà qu’on m’annonçait tout bonnement que j’allais éclairer faiblement, telle une lune ronde et pleine.
    Plaisir des sens, indécence, semence… ensuite tombe la sentence, plus rien ne rime, c’est la perpétuité, on court partout, on oublie jusqu’à son propre prénom puisque pour tous désormais nous sommes devenues autre chose, une entité, un concept qui nous dépasse et nous dévaste en passant : nous sommes maman. Tant de secrets, tant de douleurs derrière ce petit mot, soufflé parfois comme une contraction. Tant de déceptions de ne pas être à la hauteur, tant de sacrifices…
    Tout ça pour quoi au final ? Nos fils partent à la guerre ou épousent des mégères. Nos filles se marient et en oublient leur propre famille. Et tout le monde finit six pieds sous terre.

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    1. A l'annonce d'une grossesse... Que de sentiments mêlés. Ta première réaction est la réaction logique, celle qu'on attend d'une jeune future mère. Les phrases sont jolies et prenantes.
      La deuxième réaction est beaucoup plus inattendue et peut-être le fruit d'une maturité que je ne sens pas encore chez cette jeune femme...

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  3. Jo avait commencé sa journée depuis longtemps déjà. Elle était toujours la première à être debout. Elle mettait un point d’honneur à ce que le petit-déjeuner soit prêt pour le Révérend à 7h30 précise chaque matin. Il prenait fréquemment une tasse de thé en sa compagnie à la cuisine. Il aimait parler avec elle. Elle donnait son avis et lui en tenait compte. Elle le mettait sur un pied d’estale et celui ou celle qui osait dire quelque-chose de déplaisant à son encontre trouvait immédiatement Jo sur son chemin !
    Aujourd’hui, Jo s’était levée plus tôt que encore. La maison était pleine d’invités et elle avait à faire. Lorsqu’elle pensait passer inaperçue, Jo avait souvent de la tristesse au fond des yeux. Son regard était loin, perdu vers son passé. Insondable. Il ne s’éclairait que pour Peter et Alice, cette petite qu’elle avait élevée depuis sa naissance ! Elle se sentait indispensable et remerciait Dieu chaque jour de lui avoir indiqué le chemin à suivre. Cependant, depuis le mariage du Révérend, elle avait cette désagréable impression d’être reléguée au rôle de domestique. Elle avait des pensées bien peu chrétiennes à l’égard de Mary, sa jeune épouse. Elle était bien jeune, bien trop jeune pour lui ! Trop jeune, trop belle, trop fraîche… Tout à l’heure, elle l’avait croisée qui sortait de sa chambre avec un drôle de regard. Qu’avait-elle encore pu manigancer ?
    Jo sut, par la suite, qu’elle avait eu un entretien avec le Docteur Winckle, ce chère Docteur qui était toujours trop présent sur l’île ! Alors, sans savoir pourquoi, un sombre pressentiment probablement, Jo se glaça d’effroi. Elle sut qu’elle n’allait certainement pas apprécier la nouvelle qui tomberait comme un couperet !

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  4. Freddy a écrit :

    Dr Winkle
    Je ne pensais pas que ce serait aussi difficile. J’en ai pourtant annoncé des grossesses, parfois même gémellaires, des fausses couches aussi. A des couples réceptifs, pendus à mes lèvres ou à des mères épouvantées par le résultat immédiat de leur infidélité. J’ai vu des visages s’illuminer, des espérances se concrétiser à grands cris, j’ai vu des larmes de désespoir inonder des visages défaits, des crises d’hystérie et de colère dirigées vers je ne sais qui.
    Jamais pourtant je n’ai été confronté à pareille réaction. Ma longue promenade matinale m’avait mis de fort bonne humeur et voyant à mon retour la jolie Mary occupée à nettoyer négligemment les parterres, je décidai de manière quasi immédiate de l’informer de son état avant même de pouvoir m’en entretenir en présence des deux époux. Grande était ma joie de pouvoir lui annoncer l’heureux événement.
    Persuadé que mon annonce serait accueillie avec enthousiasme, je n’y mis, il est vrai, guère les formes. Tout d’abord un peu interloquée, je vis le visage de Mary peu à peu se fermer, devenir neutre, quasi inexpressif. Je regrettai immédiatement mon empressement car l’élan de tendresse de mon ami le Révérend aurait à coup sûr provoqué une réaction bien différente, pensai-je. Mais le pas était franchi, il fallait l’assumer. J’eus beau lui dire que son jeune âge ne la préparait sans doute pas à accueillir sereinement pareille annonce, que les attentions de son entourage l’aideraient sûrement à s’épanouir pleinement dans cette nouvelle aventure, je ne voyais toujours aucune flamme dans son regard ni ne sentais de joie sur son doux visage. Je murmurai : « Voulez-vous que nous allions de ce pas en informer votre époux ? »
    Elle déclina poliment, prétextant plusieurs choses à faire avant le déjeuner tout proche. Elle tourna doucement les talons et me laissa seul avec mes doutes et mon incrédulité. Comment devais-je interpréter pareille situation ? Je me sentais aussi démuni que je n’étais joyeux et volubile lors de mon retour. Des tas de questions m’assaillaient l’esprit, demeurant pour l’instant sans réponse. Pourquoi tant de froideur face à cette future maternité ? Tombait-elle trop tôt ? Désirait-elle vraiment que des enfants naissent de son union ? Comment finalement leur couple vivait-il leur amour, finis-je par me demander ?
    J’avais perdu en quelques minutes tout le bénéfice de ma vivifiante promenade matinale. Je résolus de faire taire mon questionnement intérieur car il était une autre réalité tout aussi intérieure qui elle, ne laissait planer aucun doute : je mourais de faim et les odeurs alléchantes qui s’échappaient de la cuisine me réjouissaient déjà le palais.


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  5. Freddy a encore écrit :-)

    Révérend Peter
    Son frugal petit déjeuner avalé, le Révérend Peter s’était retiré dans son bureau. Il commençait rituellement chacune de ses journées par un long temps de prière destiné à soutenir ses proches et ses paroissiens.
    L’affluence au manoir promettait de rendre ce temps de recueillement particulièrement riche. Ses pensées se posèrent d’abord sur Dominique et Frère Martin. L’un comme l’autre ont débarqué sur l’île de manière un peu impromptue, à la recherche l’un de spiritualité et de plénitude, l’autre sans doute d’un sens à donner à sa vie. Le Révérend aime se recueillir en demandant à Dieu toutes sortes de bonheur pour ceux et celles qu’il sent en recherche.
    Il pense alors à la douce Mary dont il partage la vie depuis près de deux ans. Rien ne le prédestinait à s’unir à une si jeune femme. Ils en avaient longuement discuté avant de prendre ensemble cette importante décision. La prochaine étape serait de concrétiser leur amour par la naissance d’un enfant. Mais l’un comme l’autre y étaient-ils prêts ? Le Révérend implora Dieu de les aider à prendre la bonne décision.
    Après avoir recommandé à Dieu les occupants et visiteurs habituels du manoir, le Révérende s’installa dans son rocking-chair et entama la lecture de son journal. Délaissant l’actualité politique et les chroniques de guerre, il s’intéressa directement à la rubrique culturelle et à l’agenda des spectacles comme si cette rubrique allait regorger de nouveautés. En cette période troublée, il a plutôt le moral, le Révérend.
    A moins que….

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