vendredi 28 décembre 2012

La Saint-Valentin ( consigne 1 séance 3)

14 février 2013.
Restaurant gastronomique, ambiance feutrée, maître d'hôtel stylé, serveuses élégantes. Les tables sont toutes occupées mais suffisamment espacées pour que le ton ne monte pas. Les convives examinent les menus, se sourient, bavardent gaiement.
A une table, un couple se tient par la main, silencieux, observant le décor et les personnages.

Choisissez un rôle parmi les suivants :
 
- Lui,
- Elle,
- Serveuse,
- Maître d'hôtel
- autre ( babysitter, enfants...).
 
Ouvrez au hasard le livre des prénoms et attribuez un prénom à votre personnage
 
Tenez compte d'au moins une indication donnée dans le livre au sujet du prénom pour caractériser votre personnage.
 
Rédigez à présent le monologue intérieur de votre personnage au sujet de la soirée, du menu, des convives... ( temps de rédaction : 20 minutes)

4 commentaires:

  1. Animal
    La main de Jean dans la mienne est glaciale. Je suis à peine étonnée. Tout est glacial chez lui. Son corps, son comportement, son sourire, sa beauté. Ses yeux sont d’un bleu merveilleux qui dérange. Ils tranchent. Comme s’ils allaient vous torpiller l’âme. Je n’ose confronter ce regard, surtout pas ce soir.
    Il ne m’adresse même pas la parole. Je n’ai pas la force de trouver les mots. Les mots justes. Ceux qui claquent. Ceux qui l’éjecteront de mon existence. Les mots qui font mal, qui l’enverront se réchauffer en enfer.
    Au lieu de ça, je garde les yeux baissés. La nappe est jolie. Rose fuchsia avec des arabesques noires. J’adore le contraste du rose et du noir. Jean n’aime pas les contrastes. Il est plutôt du genre monochromatique. Je n’avais pas remarqué au début. Je n’avais rien remarqué au début. Rien ne transparaissait sous le masque de sa perfection.
    Je sens une légère pression de sa main. Mes yeux effleurent les siens, quelques secondes seulement. Va-t-il enfin briser ce silence ? Ses lèvres s’étirent en une sorte de rictus qui lui donne vaguement l’air amusé.
    Mon cœur cogne fort à l’intérieur, il me rappelle mes poings contre la porte de notre voisin une nuit où j’ai eu tellement peur… mais personne n’a osé ouvrir la porte.
    La serveuse vient nous demander si tout va bien. Le visage de Jean se métamorphose complètement, il émane de lui une telle chaleur tout à coup… avec un geste plein de grâce, fait comprendre que tout est parfait. Je suis toujours bluffée de le voir en société. Il est tellement charmant, élégant, l’addition de tous les adjectifs de la terre ne lui rendraient pas encore justice.
    La serveuse repart dans tous ses états. J’ai envie de lui proposer ma place. Mais Jean n’apprécierait pas la plaisanterie. Ce n’est pas le 14 février qui l’empêcherait de me…. Stop, arrête. Penser à autre chose. Eviter que ta main tremble. Se calmer. Il va ressentir ta peur. C’est un animal.

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  2. J'adore vraiment ce personnage et l'ambiance que tu as créée, toute en finesse et en subtilité ;-)

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  3. Plus une table de libre !
    Ça ne m’étonne pas, Saint-Valentin oblige… Je me demande combien seront encore ensemble pour la prochaine ? Tout cela me donne la migraine.
    Au fond, je les envie tous ces merlans frits d’amour ! Au moins, ils ne rentreront pas seuls chez eux ce soir. Ils n’ont pas besoin de travailler pour des clopinettes et attendre les pourboires des clients… Pas de patron tyrannique à susurrer : « Epiphanie, n’oubliez pas l’entremet de la table 3 » ; « Epiphanie, la table 8 n’a plus de vin, passez remplir les verres » et bla bla bla !
    En slalomant entre les tables, je dépasse un couple qui se dévore des yeux. Je les trouve mignons ces deux-là ! Ils se tiennent la main, elle bat des cils et lui, fond. Ça ne durera pas, profitez donc bien mes tourtereaux !
    Mes pieds me font mal. Je n’ai vraiment pas eu une super idée : mettre des talons alors que je ne sais pas quand le dernier client partira !
    Si seulement, je pouvais rencontrer un chouette gars… Je ne demande pas la lune, juste un type assez friqué que pour me sortir de ce job sous-payé.
    Je dépose les bombes au chocolat de la table 11 et je croise le maître d’hôtel avec un air pincé. Fanny, ma fille, fais gaffe, sinon il va à nouveau se permettre une remarque cinglante sous prétexte que dans un établissement de standing comme celui-ci, nous restons impérativement au service du client.
    Je crois que si je ne désire pas finir vieille fille, j’ai intérêt à me magner ! Comme dit la chanteuse : « Je hais les couples qui me rappellent que je suis seule ».
    Allez ma vieille, qu’attends-tu pour profiter de cette fête ? Je pense que je vais envoyer un SMS à Dimitri afin de le persuader que je regrette de l’avoir traité de « lavette puante » parce qu’une fois de plus, il n’avait pas mis ses chaussettes sales dans le panier à linges. Je rajouterai une couche de miel en minaudant que je ne peux pas vivre sans lui ! Il finira bien par me croire. Quand je veux, je peux être tellement convaincante…

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  4. Freddy a écrit :

    On ne peut pas dire que la soirée s’annonçait tranquille et que Modeste se retrouverait à son corps défendant dans la peau d’un psychologue. Le restaurant affichait complet et Modeste, mesuré dans ses gestes comme à son habitude, se déplaçait allègrement de table en table pour veiller à satisfaire les moindres désirs des convives. Depuis vingt ans, c’était pour lui une indicible joie intérieure de voir s’afficher tantôt un sourire éclatant sur les visages, tantôt un éclair de gourmandise dans les yeux, tantôt une moue de regret de voir la soirée toucher à sa fin.
    Mais ce couple l’intriguait au plus haut point. Ils paraissaient se connaître depuis très longtemps, avoir partagé suffisamment de moments forts et cependant, il régnait à leur table un silence pesant. Modeste avait bien remarqué que leurs mains étaient entrelacées depuis qu’il les avait installés à la table 5 dans un décorum de circonstance qu’il maniait avec un art consommé. Modeste se posait beaucoup de questions car généralement la réserve des convives faisait vite place à des visages détendus dès qu’on leur servait l’apéritif et les mises en bouche raffinées. Mais aujourd’hui, la détente tardait à s’afficher sur le visage de ce couple.
    « Ont-ils quelque chose à se pardonner ? Sont-ils en train de lutter ensemble contre des circonstances contraires, une perte d’emploi, que sais-je… ? Sont-ils là pour se reconstruire après un événement douloureux ? » Modeste sentait son esprit vagabonder dès que le service lui en donnait l’occasion.
    « Ou plutôt, ne serait-ce pas deux amants infidèles, trop heureux de se retrouver ensemble, de se noyer dans le regard de l’autre avant de partager d’autres plaisirs auxquels ils songeaient déjà coquinement ? »
    Modeste menait malgré lui l’enquête de circonstance. Son regard s’était spontanément posé sur leurs mains pour y déceler la présence d’une alliance. Aucun des deux n’en portait. Retour à la case départ. Modeste avait beau se concentrer sur le service, son regard revenait immanquablement se poser sur ce couple toujours aussi silencieux.
    « Et s’il s’agissait de frère et sœur, se réconfortant mutuellement de la perte d’un de leurs parents, dans un silence vraiment de circonstance ? »
    Modeste aurait voulu savoir mais sa réserve habituelle l’empêchait d’aller plus loin. Le torturait, devrais-je dire, car il avait vraiment envie d’en savoir plus sur ce couple duquel émanait une sympathie qui offrait autant qu’elle ne semblait demander.
    Mais il n’en sut pas plus. Le couple dégusta en silence que lui et son personnel mettaient un point d’honneur à leur servir dans les meilleures conditions. Il reçut avec détachement les félicitations sincères du couple mais une fois de plus sa discrétion légendaire prit le dessus, il ne pipa mot et les paroles qu’il leur adressa lors de leur départ furent tout aussi neutres que s’il s’était agi de convives qu’il aurait ignorés tout au long de la soirée.

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