Rédigez la suite du voyage de votre livre sachant que sa propriétaire, Bonnie Del Amico, "quitta l'avion encore toute engourdie sans s'apercevoir qu'elle oubliait dans le filet du siège le livre qui lui avait transmis Ethel Kaufman"
(10 minutes de rédaction puis passez à votre voisin qui rédigera 10 minutes... jusqu'à ce que le livre vous revienne).
Fabienne :
RépondreSupprimerAnne-Françoise, assistante sociale de son état, était stressée de prendre l’avion. A chaque fois, c’était pareil. Elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer des catastrophes : des appareils s’écrasant, des passagers hurlants et sanguinolents… Elle se raisonna et essaya, tant bien que mal, de se concentrer sur le but de son voyage. Elle partait pour la Chine chercher cette petite fille aux yeux bridés qui l’attendait… Sa petite fille ! Elle savait déjà qu’elle l’appellerait Sophie. Dès le premier regard, elle en était tombée amoureuse et avait su que c’était elle.
Anne-Françoise s’installa à sa place après avoir mis son bagage à main où il se doit. Elle remarqua un bouquin dans le filet en face d’elle. Elle le prit et le feuilleta. Une vieille dame du nom d’Ethel y avait raconté sa vie en l’illustrant de vieilles photos collées ça et là. L’histoire très émouvante d’un livre qui avait parcouru de la route ! Anne-Françoise sortit la photo de sa petite Sophie et la fixa sur une page blanche. Avec sa plus belle écriture, elle inscrivit : « Pour qu’une petite fille existe aussi ailleurs pour d’autres que moi ». Elle referma le livre et le replaça dans le filet afin qu’il poursuive son chemin.
Fille de Freddy :
Eva était toute heureuse de prendre l’avion pour aller supporter son équipe favorite de basket. Elle faisait partie de la troupe de pom-pom girls de l’équipe de Santa Fe et monter sur Big Apple lui donnait des frissons de plaisir. Elle n’en était pas moins terriblement stressée de ne pas être à la hauteur. C’était toujours pareil avec elle : elle avait d’indéniables talents mais prenait une sorte de malin plaisir masochiste à se rabaisser vis-à-vis de ses amies.
Elle était plongée dans ses pensées quand elle aperçut dans le filet du siège précédent, un bouquin que machinalement elle ouvrit. Le long récit dactylographié s’interrompait brutalement pour faire place à un monologue manuscrit agrémenté de photos dont l’une d’elles attira son attention. Cette petite fille asiatique arborant un sourire charmeur, malgré, pensa-t-elle, des conditions de vie sans doute loin d’être idylliques, la tira de ses complexes et elle se promit que ce jour-là elle ferait tout pour être la meilleure. Elle emporta le livre avec elle et arrivée à la buvette du club new-yorkais, le déposa sur une table non sans y avoir ajouté : « La joie de tes yeux m’a parlé. Je ferai en sorte que ma joie de danser parle à d’autres ».
Pamela :
Paul dénoua sa cravate et ouvrit le premier bouton de sa chemise. Il espérait que ça lui donnerait l’air moins sérieux, malgré l’importance capitale de ce qu’il s’apprêtait à faire ce soir.
Il s’installa à une table de la buvette en attendant que la femme de sa vie, Sandi, qu’il avait rencontrée trois mois plus tôt, arrive et trompa son impatience avec le bouquin qui avait été oublié là.
Il fut touché par le destin de la vieille dame. Mais le regard insondable de la petite fille asiatique l’atteint en plein cœur. Il y vit un signe du destin. A la suite du dernier message, il ajouta : « J’aimerai que Sandi dise oui et que nous ayons une petite fille qui te ressemble… ».
Freddy a écrit :
RépondreSupprimerBouquin de Freddy
« Julie, que fais-tu avec ce livre ? Où l’as-tu dérobé ? »
« Je ne l’ai pas dérobé maman, il se trouvait sur le siège d’à côté et il n’y a plus personne. »
« Julie, tu sais que je n’aime pas le mensonge. »
« Je te le jure maman. J’ai vu des photos dans le bouquin et je voudrais y faire un beau dessin. Maman, s’il te plaît ? »
Carine n’osa pas priver sa fille du bouquin car elle craignait comme la peste que Julie n’entre dans une colère folle dont elle avait le secret et qui à chaque fois la faisait frémir. Dans la salle d’attente de l’aéroport, Julie s’empara d’un crayon et se mit en devoir d’y insérer son œuvre d’art. Elle s’attarda cependant sur les photos qu’elle découvrit en feuilletant le livre à rebours. Elle aperçut d’abord une très vieille dame puis découvrit qu’elle n’avait pas toujours été vieille, qu’elle avait même été une jeune danseuse ravissante. Et une jolie petite fille ? Curieusement il n’y avait pas la moindre photo. Eh bien je vais être la petite fille que la vieille dame semble n’avoir jamais été, décréta-t-elle. Et Julie dessina avec le plus grand soin une jolie petite fille aux longs cheveux bouclés avec ce petit commentaire : « Regarde Ethel, tu étais si belle quand tu étais une petite fille »
Et elle laissa le livre dans la salle d’attente, pressée par sa maman de la suivre.
Insertion dans le bouquin d’Axelle
Justine Ramblais venait de poser le pied sur le sol tanzanien. Là où d’autres débarquent pour s’amuser et vivre l’aventure dans des safaris, elle était mandatée par le directeur général de sa société pour venir remettre de l’ordre dans la filiale tanzanienne qui filait du bien mauvais coton : corruption, incurie des responsables, personnel incompétent ou à l’inverse scandaleusement exploité. Elle allait effectivement prendre part à un safari mais pas vraiment celui dont elle avait rêvé. Au lieu d’observer des animaux, elle allait devoir faire tomber des têtes. Elle en aurait des choses à raconter à son retour. Elle s’engouffra dans un taxi et découvrit sur la banquette arrière un bouquin usé, aux pages jaunies, qu’elle commença à feuilleter pour tuer le temps dans les embouteillages interminables et la circulation chaotique de la capitale.
Elle qui adorait se délecter des histoires des autres était gâtée. D’abord l’histoire d’une vieille dame se repentant de s’être prostituée dans son jeune âge, puis la photo d’un mécanicien ordinaire, le remords d’un vétérinaire nostalgique. Si j’y ajoute la hargne d’une cadre insensible venue effectuer la sale besogne, le tableau sera complet, pensa-t-elle. Et elle griffonna dans le livre ces quelques mots : « Que celui qui me lira apporte enfin un peu de joie dans le cœur de ses semblables confrontés à un monde de brutes. »
Et elle en fit cadeau au chauffeur avant de prendre congé.