lundi 15 octobre 2012

Séance 1 - Changer de voie (Pamela)


"C’est tellement rassurant un train ; sans doute parce que ça roule sur des rails… c’est bien les rails, c’est fort les rails. D’ailleurs, c’est tellement fort qu’on peut rouler dessus avec des trains (…)" (Jean-Luc Fonck)
Elle aurait bien besoin d’un peu de cette force, Christelle. Ou d’être mise sur les rails. Qu’on la guide. Christelle a besoin qu’on la guide, qu’on lui prenne la main, qu’on lui assure qu’elle devrait faire ceci ou cela, qu’on la rassure. Qu’on lui dise : « Tu es dans la bonne direction ». Christelle manque de réconfort. Le confort, ça va, elle possède plus qu’il ne lui en faut, avec en prime la culpabilité et la peur de ce trop de bonheur qu’on ne mérite pas.

Alors pourquoi elle tire la tête Christelle ? Pourquoi la vie lui pique les yeux, comme chante si bien Renaud?
C’est juste une histoire de cordon qui la tient prisonnière, un cordon qu’on n’a pas bien coupé, un cordon qui se serait enroulé autour de son cou et qui l’étouffe de plus en plus, elle devient toute bleue Christelle, on dirait la Schtroumpfette.

Seulement la Schtroumpfette, elle n’a pas de maman. Christelle, si. Et elle a gagné le gros lot. Un vrai cadeau Bonux, la maman de Christelle… ces cadeaux dont on ne sait que faire, qui nous pourrissent l’existence, qui nous maltraitent et nous traitent mal, qui nous insultent et nous tirent vers le bas.
Ces cadeaux pour lesquels on se sent quand même obligés de remercier.
Elle s’était pourtant décidée, Christelle. Cette fois, c’était fini. Elle n’allait plus se laisser faire sans réagir. Elle allait agir.

Elle avait appelé son frère. Il avait décroché au bout d’une dizaine de sonneries, elle s’était étonnée de ne pas être tombée sur sa messagerie.
« J’ai quelque chose à t’annoncer » avait-elle commencé. Il lui avait répondu que ça tombait bien, lui aussi. Un rien suffit à la faire dérailler, Christelle. Elle s’était entendue lui demander de commencer.

« Je pars pour six mois aux States. J’ai trouvé un contrat là-bas. C’est déjà signé. Je m’envole vendredi prochain. »
Elle n’avait rien su répondre, le cordon autour de son cou s’était serré davantage.

« Je compte sur toi pour notre petite maman » avait-il ajouté.
Elle aurait voulu hurler qu’elle en avait marre de s’occuper seule de « leur petite maman », qu’elle avait besoin d’air, ou d’une corde pour se pendre, qu’elle voulait justement lui annoncer qu’elle allait s’éloigner un peu, histoire de se remettre sur les rails ou de reprendre son souffle…

« Tu ne dis rien ? » lui disait son frère.
Elle avait bredouillé des félicitations et avait raccroché, aussi vide qu’une gare désaffectée.

3 commentaires:

  1. J'aime encore plus qu'à l'audition. Tu as vraiment bien joué avec le fil du train, du rail.
    Une petite erreur entr'aperçue dans cette première relecture : " le confort, ça va, elle EN possède..."

    J'aime bien également les répétitions qui rythme ton texte, un peu comme le roulement d'un train sur des rails, justement. ( Fort, hein, ce qu'un lecteur peut voir dans un texte où je suis persuadée que toi tu ne vois que banalités ^^)

    Continue de douter de toi Pam, ça marche bien, visiblement, comme technique :-)

    RépondreSupprimer
  2. je ne sais pas si ma phrase paraîtra plus juste pour autant mais quand j'écris "Le confort, ça va, elle possède plus qu’il ne lui en faut,", c'est qu'elle possède, tout simplement. Je ne voulais pas dire qu'elle possédait du confort... je suis claire? et ma phrase paraît-elle plus cohérente?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le "en" me pose toujours problème;-) Peut-être alors " le confort, ça va. Elle possède plus qu'il ne lui faut." Qu'en dis-tu?

      Supprimer

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.